
CRITIQUE
A des lieux et des époques différentes, plusieurs personnes s'expriment à travers l'art et la contestation. Pour sa part, Bob Dylan, plus grand chanteur de son époque, n'est pas vraiment là mais il est partout.
Le biopic est décidément un genre à la mode. Et comme Bob Dylan est considéré par beaucoup comme le meilleur chanteur de tous les temps, il était normal de voir sortir un film sur sa vie. Pour l'occasion c'est Todd Haynes, réalisateur de l'excellant Loin du Paradis, qui s'y colle. Et il faut dire qu'il avait son idée bien à lui, puisque ce n'est pas moins de six acteurs (et actrice) différents qui incarnent le chanteur. Cette particularité, ajouté au prix dinterprétation de Cate Blanchett à Venise, semble être un bon moyen d'attiser la curiosité de chacun. Mes connaissances sur l'artiste frôlant le zéro, j'ai donc voulu en savoir plus.
A vrai dire, I'm not there ne ressemble à rien de ce que l'on peut voir d'habitude. Il serait même faux de dire qu'il s'agit de biopic, puisque le film ne porte pas sur la vie du chanteur, mais plutôt sur ce qu'il représente. Pour se faire, le réalisateur n'a donc pas choisi de suivre un ordre chronologique, mais a préféré dresser un patchwork de tous ce qui constitue l'univers de l'artiste. Pour cela, il s'est basé non seulement sur les évènements importants de sa vie, mais aussi les paroles de certaines de ses chansons. Ainsi, préférant la métaphore au concret, le metteur en scène nous offre une oeuvre très abstraite sans réel fil conducteur et qui peut s'avérer déroutante pour le néophyte au vue de la densité de lensemble.
Car il est clair que celui, comme moi, qui ne connaît rien à Bob Dylan passera à côté de la plupart des références du film. Et même s'il n'est pas difficile de capter les intentions, il est parfois difficile d'adhérer sur un fond qui ne correspond à rien dassimilable. C'est un peu dommage dans un sens, mais on peut aussi se dire que c'est un parti pris qui répond à une exigence de l'auteur qui avait envie de sortir des conventions. Et dans ce sens, on peut au moins dire que le visionnage de ce film est une expérience assez unique.
Surtout que même si l'on ne comprend pas tout, le film a d'autres atouts non négligeables. Il faut signaler tout d'abord l'interprétation. Car même si certains acteurs sont peu visibles, ils sont tous excellents et en particulier la divine Cate Blanchett, qui en impose encore une fois par sa présence. Puis la mise en scène est plutôt intelligente. Les changements constants de rythme et d'ambiance permettent de ne jamais vraiment décroché même dans les moments un peu creux. Mais le plus phénoménal reste la bande originale, qui compte bien une bonne vingtaine de chansons de l'artiste. Et c'est bien en l'écoutant qu'on se rend compte de toute la portée de son talent.
I'm not there est donc pour moi une oeuvre impossible à noter. Ne ressemblant à rien d'existant, il est difficile de porter un véritable jugement, si ce n'est sur la brillante interprétation et la réussite technique. Autrement, le film séduit et déroute à la fois, surtout pour le non initié qui sera sans cesse laisser sur le côté. Enfin, pour ceux qui ont la curiosité de découvrir quelque chose de vraiment différent, il serait difficile de s'en passer. Pour les autres, autant dire qu'il faut être dans un bon état d'esprit, pour pouvoir essayer d'appréhender le film dans son ensemble.
Vu au cinéma Devosges, Dijon (21)


